mercredi 20 avril 2011

UN CHEMIN VERS DIEU (7)

A 12H50, je sortais de la chapelle imprégnée d’une grande sérénité et me dirigeais vers le grand réfectoire un peu trop solennel à mon goût. Un ouvrier extérieur à la communauté déjeunait avec nous. Le père prieur bénissait le repas puis lut un passage de la charité dans le service apostolique. Les moines questionnaient l’employé sur son métier, il racontait son travail de poseur de tapis, à genoux, seul et dans le silence comme les moines. Cet artisan semblait à l’aise et riait aux plaisanteries des frères. Nous mangions dans une ambiance plutôt décontractée. Un moment donné, un religieux me passa le pot de moutarde. Je l’attrapais par le couvercle, le pot tomba et cassa l’assiette. Le frère me sourit mais je me sentais gênée. Aussitôt frère Innocent remplaça mon assiette en en transvasant le contenu et fit un peu de ménage. Je le remerciais en lui souriant afin de ne pas briser la règle du silence. Puis la conversation dévia sur la religion. Le père prieur mentionna le père Guy Gilbert (En 1970 exerce son activité de prêtre dans la rue et devient éducateur spécialisé pour les jeunes délinquants dans le 19ème arrondissement de Paris. En 1979, Guy Gilbert achète une ferme à la Palud-sur-Verdon dans le département des Alpes-de-Haute-Provence, « une ruine loin de Paris », pour y installer un lieu d'accueil, la « Bergerie de Faucon » où, avec une équipe d'éducateurs, il tente de réinsérer des jeunes en difficulté, par le travail et le lien avec les animaux.) et un des moines avoua que sa vie au monastère s’avérait consécutive à une rencontre avec le père Guy Gilbert à une période difficile de sa vie. Sans ce partage, il aurait sans doute mal tourné. Un frère récitait le bénédicité. Je débarrassais la table, la nettoyais et balayais le sol. Je remettais à frère Côme Emmanuel le récit de ma conversion. Je remontais à « Montjoie » et reprenais la narration de ma journée. J’entendais taper à la porte. J’allais ouvrir et une moniale apparut. Elle avait accepté de me rencontrer. Nous passions dans la chapelle de « Montjoie » réciter un Ave et partions nous promener au soleil. Je lui demandais de me décrire une journée type des religieuses. Elles se levaient à 5H afin d’être prêtes pour les laudes à 5H30. Les autres offices s’avéraient pratiqués aux mêmes heures que les moines. Les moniales passaient beaucoup de temps à l’étude des textes sacrés. A tour de rôle, elles préparaient les repas. Les sœurs fabriquaient des produits artisanaux dont les revenus subvenaient aux besoins de la communauté tandis que les frères vivaient de dons. Elles se couchaient après les complies. Je lui racontais ma vie, ma conversion, mon mariage religieux et mes différentes retraites. Elle m’expliquait que Dieu m’avait unie à Jacques pour l’amener à lui. Que j’avais cette mission sur terre à remplir. Cette moniale me donnait de précieux conseils à mettre en pratique sur le champ. Cette entrevue durait 45 minutes dans un climat de confiance absolue et de compréhension mutuelle. Je la laissais à son couvent et retournais à « Montjoie » écrire mon journal intime et poursuivre ma lecture de Bernard Martelet. A 17H30, j’abandonnais « Montjoie » pour rejoindre le prieuré. Je croisais frère Côme Emmanuel et sollicitais un entretien. Il me répondit après le dîner. Je m’asseyais sur un banc, méditais quelques instants et atteignais la chapelle pour m’élever l’âme jusqu’à Jésus afin qu’il me façonne à son image. Je lui demandais de me soumettre à sa volonté moi son humble servante, qu’il me soit fait selon sa parole. De vivre en tant que sa messagère ici bas si tel était son plan pour moi. A 18H30, les vêpres débutaient. Comme pour les autres offices, je chantais avec ferveur les cantiques. Mon âme chantait par la liturgie. Le temps s’était immobilisé. A 19H, le Saint Sacrement était exposé. Je plongeais dans une phase d’adoration durant laquelle je ne cessais de louer Dieu. A 19H15, le dîner s’avérait en self. Chacun se servait et effectuait sa petite vaisselle. Après le repas, j’attendais dans l’espace où le silence est de rigueur frère Côme Emmanuel pour notre rencontre. Au bout d’une quinzaine de minutes, il vint me chercher et me fit entrer dans un parloir assez intime doté d’une double porte. Nous nous installions confortablement et je commençais la lecture de ma conversion. Le frère se révélait très ému et me demanda ce que frère Innocent en avait pensé. Je lui racontais les observations du moine et il ajouta que frère Innocent avait raison. Frère Côme Emmanuel écouta avec attention mon texte s‘intitulant « Musique céleste » et il fut transporté dans un autre monde. Ce moine me dit que ma composition était très belle et qu’elle lui rappelait des saints, notamment Saint-Jérôme (est le plus souvent accompagné d'un lion. Il est également presque toujours : soit entouré de livres ou en train d'écrire.). Le religieux me demanda si il pouvait conserver le texte car il lui serait utile et je le lui remettais avec grand plaisir. Nous retournions prier à l’heure sainte pour les dix minutes restantes et chantions le Salve Regina avant de partir nous coucher. Je remontais à « Montjoie » et m’attelais à ma table pour achever le récit de ma journée.

UN CHEMIN VERS DIEU (6)

Après un sommeil divin, le lendemain je me levais à 6H, me lavais, m’habillais, faisais mon lit et abandonnais mon lieu de retraite à 6H30 pour l’oraison (prière intérieure ou de méditation adressée à Dieu ou aux saints) de 6H45. Le jour n’était pas encore levé et une odeur de bouse de vache se diffusait dans l’air car une grosse ferme sise « Notre Dame de Cana » isolée du village à tendance plutôt rurale et des champs s‘étendaient à perte de vue. Arrivée au prieuré, tout était éteint et un grand silence régnait. Je m’avançais à tâtons vers la galerie vitrée afin de monter les marches sans tomber, je rentrais doucement car je pénétrais dans l’espace où le silence est de rigueur. Dans l’obscurité, je me rendais jusqu’au bénitier où je trempais deux doigts et entrais dans la chapelle dans laquelle un moine priait déjà. Je m’installais sans faire de bruit sur un banc et remerciais Dieu pour ces moments privilégiés et lui demandais pardon pour mes mauvaises actions. Je portais dans mes prières ma marraine et ses proches, Guy pour ses problèmes de santé, Laurence pour sa future installation. Je portais le monde entier pour la paix. Je requérais auprès de Dieu du discernement dans ma vie. La journée était sanctifiée par Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (Dés son enfance Thérèse souhaite devenir religieuse. Après l’entrée au Carmel de Lisieux de ses sœurs Pauline en 1882 et Marie en 1886, son père accepte qu’elle y entre à son tour, à l’âge de 15 ans. L’année suivante elle porte l’habit de Carmélite et prend le nom de sœur Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face. Six ans plus tard, en 1894, à la demande de Mère Agnès (Pauline), elle commence à rédiger ses souvenirs d’enfance qu’elle continuera jusqu’en 1897. « Histoire d’une âme » sera publiée en 1898. En Avril 1896, Thérèse a une crise d’hémoptysie. Elle meurt d’une tuberculose le 30 Septembre 1897 vers 19h30. Elle a 24 ans. En grandissant, sa foi s’est développée. Elle découvre peu à peu qu’elle veut être : " … prêtre, diacre, apôtre, docteur, martyr". En rentrant au Carmel, elle désire prouver son Amour au Christ qui l’appelle à donner sa vie pour le monde.). Au terme d’une heure, s’enchainèrent les laudes chantées comme toujours durant lesquelles j’élevais mon âme vers notre Seigneur dans la joie. Je vivais un grand bonheur intérieur me transfigurant peut-être ! Trente minutes plus tard, je rejoignais le petit réfectoire où je prenais mon petit déjeuner seule. Après m’être alimentée de nourriture terrestre, je débarrassais ma table, faisais ma vaisselle, rangeais et passais un coup de balai dans la pièce. Je regagnais mon lieu de retraite ataraxique. Frère innocent m’avait fixée rendez-vous à 11H. Je me rendis compte que j’avais perdu mon alliance. Je retournais à « Notre Dame de Cana » pensant l’avoir égaré dans la poubelle. La cuisinière m’aida à la chercher puis nous ne l’avons pas trouvée. Elle me conseilla de regarder dans mon lit. De retour dans ma chambre, j’inspectais ma couche et n’y dénichais rien. Puis je regardais dans mon sac de voyage et miracle ! Elle avait glissée de mon doigt et était tombée à l’intérieur, j’étais soulagée. Je reprenais ma lecture mystique d’un profond enrichissement spirituel à la pauvre chrétienne que je m’avérais. Lors de l’entretien avec frère Innocent, je lui lus « L’histoire d’une conversion réussie » relatant mon cheminement jusqu’au baptême. Il fut impressionné par mon texte et me suggéra très judicieusement de modifier un peu le titre car la conversion s’avère perpétuelle. Puis le moine me conseilla d’envoyer ma narration au service du catéchuménat (personnes se préparant à recevoir le baptême) du diocèse de mon lieu de baptême et de mon lieu de résidence et de raconter ma préparation personnelle en vue du sacrement de confirmation car bon nombre d’adultes se font baptiser et ne persévèrent pas une fois lâchés face à Dieu. Mon expérience pourrait servir de témoignage aux catéchumènes ou aux jeunes chrétiens. Nous parlions à propos de la foi. J’avais exposé la requête de rencontrer une moniale. Cet intéressant partage se poursuivait par l‘office de Sexte, chanté, me déconnectant du monde. La messe était servie par père Geoffroy Marie durant laquelle je participais à l’eucharistie. Le corps de Dieu s’unissait à moi une fois encore dans un esprit de grande adoration.

UN CHEMIN VERS DIEU (5)

Au bout d’une heure s’ensuivirent les vêpres pendant lesquelles je chantais les psaumes comme si j’étais consacrée, dans ce climat dégagé par les chants a capella. Je vibrais à l’unisson. Trente minutes plus tard, en longeant le mur pour me rendre au grand réfectoire, mon regard fut attiré par un texte apposé sur celui-ci concernant le silence. L’auteur était la grande mystique Marthe Robin (1902-1981) que j’affectionne particulièrement qui vivait à Châteauneuf de Galaure, dans le département de la Drôme. Pour elle, chaque jeudi, commençaient les souffrances de la Passion. Ainsi que les attaques du démon. Mais irrémédiablement, Marthe Robin entrait ensuite dans une phase d’identification totale avec Jésus, et parlait au Père... puis entrait dans une extase profonde. Avec le Père Georges Finet, elle fonde les Foyers de Charité, dont le premier à Châteauneuf de Galaure en septembre 1936.
Sa prière sur le silence se révélait la suivante :
« O ma Sainte et Bonne Mère ! Donnez-moi, donnez à tous de comprendre la grande valeur du silence dans lequel on entend Dieu ! Apprenez-moi à me taire pour écouter la Sagesse éternelle. Apprenez-moi à tirer du silence tout ce qu'il renferme de grand, de saint, de surnaturel, de divin. Aidez-moi à en faire une prière parfaite, une prière toute de foi, de confiance et d'amour. Une prière vibrante, agissante, féconde, capable de glorifier Dieu et de sauver les âmes ! »
Ma vie vaudra ce que vaudra mon oraison.
Sa demande m’interpellait et m’émouvait à la fois puis je me ressaisis et pénétrais dans ce grand réfectoire manquant de chaleur. Un frère bénissait le repas puis nous mangions sur une table monastère dans le silence et l’écoute du frère Côme Emmanuel lisant un passage de la charité dans le service apostolique. A 20H, je finissais mon repas. Un moine remerciait pour cette nourriture terrestre. J’aidais à débarrasser. A 20H15, l’office des complies (dernière prière avant le sommeil pour que l’œuvre de Dieu soit entièrement accomplie) achevait la journée dans l’allégresse. Il était 20H45 et je remontais dans la nuit en ayant les ailes de la colombe, en m'envolant, en ayant trouvé le repos vers « Montjoie » après avoir souhaité bonne nuit à frère Innocent. J’arrivais dans ma chambre et poursuivais ma narration.

UN CHEMIN VERS DIEU (4)

Après ce partage de 45 minutes, frère Innocent allait sonner la cloche pour sexte (office des quatre petites heures célébré vers 12H). Je rejoignais la chapelle, trempais mon doigt dans l’impressionnant bénitier avant d’entrer. Je saisissais le recueil de chants et le livre de messe et suivais consciencieusement l’hymne et les psaumes. Les chants des frères envahissaient la chapelle et m’ascensionnaient déjà à la droite du Père, je goûtais un moment de béatitude. S’ensuivit la messe servie par frère Innocent aidé de deux autres moines pour les lectures. Quelques laïcs y assistaient ainsi que des moniales. Deux religieux distribuaient l’eucharistie et posaient l’hostie consacrée sur la langue de chaque enfant de Dieu. Je recevais, comme à l’accoutumée, avec émotion le corps du Christ m’imaginant fusionner avec lui avec une telle intensité ! Et la liturgie poursuivait son cours jusqu’à 12H45. Je restais encore quelques instants contempler la vierge à l’enfant en me remémorant le texte de Paul Claudel « La vierge à midi ».
Il est midi. Je vois l'église ouverte. Il faut entrer.
Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.
Je n'ai rien à offrir et rien à demander.
Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.
Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela
Que je suis votre fils et que vous êtes là.
Rien que pour un moment pendant que tout s'arrête.
Midi !
Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.
Ne rien dire, regarder votre visage,
Laisser le cœur chanter dans son propre langage.
Ne rien dire, mais seulement chanter parce qu'on a le cœur trop plein,
Comme le merle qui suit son idée en ces espèces de couplets soudains.
Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,
La femme dans la Grâce enfin restituée,
La créature dans son honneur premier et dans son épanouissement final,
Telle qu'elle est sortie de Dieu au matin de sa splendeur originale.
Intacte ineffablement parce que vous êtes la Mère de Jésus-Christ,
Qui est la vérité entre vos bras, et la seule espérance et le seul fruit.
Parce que vous êtes la femme, l'Eden de l'ancienne tendresse oubliée,
Dont le regard trouve le cœur tout à coup et fait jaillir les larmes accumulées,
Parce que vous m'avez sauvé, parce que vous avez sauvé la France,
Parce qu'elle aussi, comme moi, pour vous fut cette chose à laquelle on pense,
Parce qu'à l'heure où tout craquait, c'est alors que vous êtes intervenue,
Parce que vous avez sauvé la France une fois de plus,
Parce qu'il est midi, parce que nous sommes en ce jour d'aujourd'hui,
parce que vous êtes là pour toujours, simplement parce que vous êtes Marie, simplement parce que vous existez,
Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !
Puis il était 13H, l’heure du repas du milieu du jour. Je mangeais exceptionnellement toute seule dans le petit réfectoire car les moines avaient organisé un déjeuner débat sur le film « Des hommes et des dieux ». La nourriture s’avérait plutôt copieuse mais je me débattais avec le four à micro ondes d’une utilisation un peu particulière. Quand je vis le frère Innocent passer dans le couloir, je lui fis signe de venir me voir pour m’expliquer le fonctionnement du four. Je lui dis en plaisantant « votre four ne m’aime pas ». Il mit un certain temps avant de le mettre en marche et comme j’avais programmé trop longtemps, le plat a éclaboussé tout l’intérieur de cette maudite machine ! Pour réchauffer les légumes, je me suis excitée sur le four, frère Innocent est venu à ma rescousse et finalement j’ai avalé mes petits pois à peine tièdes. Avant la fin du repas, le père prieur passait me voir et me sortit « on vous a abandonné lâchement » puis il s’enquérait si ma retraite se déroulait bien. On sentait un homme issu d’un milieu bourgeois, cultivé et empreint de Dieu. Après m’être sustentée, je jetais à la poubelle les déchets alimentaires, je débarrassais la table, j’effectuais la vaisselle, je l’essuyais, la rangeais et préparais les tables pour le diner. Je remontais dans mon lieu de retraite et ouvrais mon carnet pour y consigner la suite de mon programme; Je reprenais ma passionnante lecture sur « L’itinéraire spirituel de Dom Chautard » dans l’attente de l’Adoration se déroulant à 18H. Depuis la veille, j’avais l’impression que le temps avait suspendu son vol. Je quittais « Montjoie » à 17H15 et parvenais à « Notre Dame de Cana » à 17H25. Je pénétrais dans la chapelle en ayant trempé mon doigt dans l’amphore au préalable. Je portais dans mes prières mes chers défunts et demandais à Dieu de me réconcilier avec ma mère adoptive envolée dans sa demeure céleste depuis 2003, de conserver en bonne santé ma maman rumillienne, de changer le cœur du fils de mes voisins avant leur départ dans l’autre monde et de protéger mon petit psychiatre sur son parcours en direction de Nancy ville du département de la Meurthe-et-Moselle. J’attrapais le recueil des chants de la communauté afin d’y lire des textes et me laissais porter par leurs messages. Au terme de quelques lectures, j’entrais en communion avec Dieu et mon âme jubilait en mon Dieu. J’avais atteint l’extase mystique !

UN CHEMIN VERS DIEU (3)

Le jour suivant, je me levais à 6H et me préparais pour l’oraison de 6H45. Je me lavais, m’habillais, faisais mon lit et abandonnais « Montjoie » dans le noir, vers 6H30, pour aller à « Notre Dame de Cana ». La nuit m’enveloppait. Une petite fraîcheur me saisissait et m’était agréable tout à la fois. Arrivée au prieuré, j’apercevais une lumière un peu blafarde venant d’une fenêtre et je poursuivais mon chemin pour atteindre la galerie vitrée afin d’entrer dans l’espace où le silence est de mise. Je m’avançais vers la chapelle, trempant mon doigt dans l’énorme amphore à usage de bénitier placé à côté de la porte et pénétrais doucement dans cet intime lieu de prière. Quelques frères arrivèrent peu après pour ce magnifique temps de cœur à cœur avec le Seigneur. Durant ce dialogue personnel avec mon père céleste, où je le glorifiais, je le louais, le remerciais, je lui demandais de me rendre plus humble, moins colérique et de me montrer le chemin pour mes années futures et de prendre dans sa grande charité mes proches et mes amies. Au terme d’une heure de cette merveilleuse louange, les moines chantaient d’une foi fervente les laudes (office coïncidant en principe avec le lever du jour, louange du matin, pour consacrer à Dieu les premiers mouvements de notre âme et de notre esprit, afin que nous n’entreprenions rien avant de nous être réjouis à la pensée de Dieu.) à 7H30 me rapprochant de l’état extatique. ! Je puisais dans la parole de nouvelles forces afin d’avancer sur le chemin vers Dieu. Trente minutes plus tard, malheureusement, je prenais mon petit déjeuner toute seule dans un petit réfectoire se trouvant en sous-sol où le frère hôtelier avait tout préparé au préalable. Je mangeais légèrement, nettoyais toutes les tables de la salle et faisais ma petite vaisselle avant de retourner à « Montjoie ». A 11H je rencontrais frère Innocent en charge de l’accompagnement de ma pauvre âme. Revenue dans ma chambre, j’écrivais la suite de ma retraite, lisais l’extrait du livre « Vivre sa spiritualité au quotidien » concernant la bénédiction et qui concluait ainsi « Il est impossible de bénir et de juger. Alors maintenez en vous ce désir de bénir comme une incessante résonance intérieure et comme une perpétuelle prière silencieuse, car ainsi vous serez de ceux qui procurent la paix, et, un jour, vous découvrirez partout la face même de Dieu ». Puis je reprenais ma lecture mystique que je délaissais au chapitre 9. A 10H45, je partais de « Montjoie » et rejoignais « Notre Dame de Cana ». J’attendais un peu devant l’accueil le frère Innocent. Il arriva et s’excusa de son retard et m’emmena dans un petit parloir à l’atmosphère plutôt assez intime. Je lui posais des questions sur lui et sur sa communauté. Pénétré de Dieu, le moine me racontait que avant d’intégrer le monastère, il avait tenu le rôle d’aumônier dans la marine durant de longues années. Le religieux m’expliquait que la communauté Saint-Jean était constituée en « Famille Saint-Jean » dont les membres étaient regroupés en quatre branches les frères et sœurs apostoliques (œuvrant à propager la foi chrétienne dans la lignée des apôtres), les sœurs contemplatives (portées à l'introspection et à la méditation mystiques) et les oblats ( personnes entrées dans une communauté religieuse au profit de laquelle elles ont renoncé à leurs biens, mais qui demeurent laïques). Les frères et sœurs sont répartis sur quatre continents en une centaine de petits prieurés composés chacun de sept membres. Le prieuré de Troussures abrite une communauté de sœurs contemplatives et une communauté de frères, menant une vie religieuse selon l’esprit de Saint-Jean l’évangéliste (auteur de l'une des quatre versions de la vie du Christ contenues dans le Nouveau Testament). Saint-Jean est l’apôtre bien-aimé du Seigneur, le seul présent au pied de la Croix où il reçoit Marie pour mère. La vie des frères et sœurs est une vie de prière, d’études et de charité fraternelle qui s’ouvre, pour les frères, à une mission apostolique reçue de l’évêque de Beauvais, celle d’animer un centre de retraites spirituelles. Les prédicateurs sont essentiellement des frères de la Communauté Saint-Jean. Les enseignements sont donnés dans la lumière des trois sagesses philosophique, théologique et mystique pour que l’intelligence de la foi soit mise au service d’une vie d’amour dans le Christ. Peu à peu le moine déviait sur d’autres communautés religieuses. Je lui soumettais mon désir, dans un avenir lointain, de devenir moniale mais il m’expliquait que l’âge serait un obstacle et de me tourner plutôt vers les oblates ou les veuves de l’église sur le diocèse mais cela ne correspondait pas à ce que j’envisageais. Je souhaitais tellement vivre avec mes sœurs l’Amour de notre Père céleste jusqu’au bout !

UN CHEMIN VERS DIEU (2)

Comme il est dit au verset 9 du chapitre 11 du livre de Luc de la Bible « frappez, et l'on vous ouvrira. », il était 15H, je frappais à la porte du prieuré « Notre Dame de Cana », s’avérant un ancien château et un moine m‘ouvrit. Je me présentais et il me répondit « on vous attendait » puis il me dirigea vers le moine s’occupant de l’accueil. Il s’appelait Frère Côme Emmanuel et était originaire du Bénin. Ce religieux m’expliqua certains détails au sujet de ma retraite et me confia au frère Innocent en charge entre autres de l’hôtellerie et de l’accompagnement spirituel. Il me conduisit à ma chambre qui se trouvait dans un bâtiment appelé « Montjoie », quel nom évocateur, situé à quelques mètres de « Notre Dame de Cana ». L’intérieur était tout neuf et accueillant et ma chambre se révélait spacieuse avec un coin salle de bains. Une importante fenêtre dotée de grands carreaux agrémentée de rideaux rayés rouges et blancs donnant sur le parc offrait une luminosité généreuse égayant la pièce. Un lit une place en bois clair, une table en bois clair d’une belle taille et sa chaise assortie, un fauteuil en tissu couleur crème, le sol était moquetté et pour toute décoration une icône, une bible un petit vase garni de trois chardons bleus et trois épis de blé et une croix en bois clair déformée. Un tapis de prière était posé dans un coin de la chambre. Après le départ de frère Innocent, j’enlevais mon manteau et parcourais la documentation concernant l’hôtellerie posée sur la table. J’entreprenais de faire mon lit et préparer mes affaires pour la nuit. Je sortais de mon sac de voyage mon livre, mon carnet et mon stylo. Je lisais cinq chapitres de « L’itinéraire spirituel de Dom Chautard » et découvrais avec enchantement la vie exceptionnelle d’un moine cistercien (du nom de la célèbre abbaye fondée à Cîteaux, située dans la commune de Saint-Nicolas-lès-Cîteaux dans le département de la Côte-d’Or, la réforme cistercienne avait pour but un retour à une observance plus exacte de la Règle de Saint-Benoît, d’où une ascèse plus grande et une pauvreté plus stricte.). Je quittais « Montjoie » pour rejoindre le prieuré. Dans la chapelle, je m’installais sur un banc et restais un long moment en prière d’action de grâces. Je ressortais dans l’espace où le silence s’avère de rigueur et je contemplais par la galerie vitrée une parcelle du parc dans l’attente de l’heure de l’Adoration du Saint Sacrement : adorer Dieu qui est là devant nous, se laisser enseigner par cette présence et, si l’Esprit Saint nous l’inspire, lui dire notre amour en lui révélant le fond de notre cœur, avancée exceptionnellement d’une demi-heure car les moines devaient, ce soir après le dîner, se rendre à Beauvais, préfecture de l’Oise, située à 12 kilomètres, voir au cinéma un film circonstanciel « Des hommes et des dieux » du réalisateur Xavier Beauvois. 17H30 sonna et je retournais dans cette chapelle sobre et lumineuse. J’avais un cœur à cœur avec Dieu devant ce Saint Sacrement doré posé sur l’autel, dans un profond silence. Puis succédèrent les vêpres, office du soir en remerciement pour les grâces reçues en cette journée qui s’achève. Mon accompagnateur m’avait expliquée sur le tableau le fonctionnement du choix des psaumes (poèmes sacrés récités ou chantés constitués d'une suite de versets) et parallèlement montrée un guide reprenant les différentes messes de chaque jour de la semaine. Les religieux chantaient à l’unisson et a capella. Leur chœur prenait aux tripes. J’étais aux anges, transportée près du Père un court laps de temps. Une impressionnante communion se dégageait de ces moines. Avant le pique-nique dînatoire en guise de repas, chacun avait effectué une courte prière silencieuse escortée d‘un signe de croix, la bonne humeur régnait et les moines ne manquaient pas d’humour ! Après chaque religieux remerciait intérieurement accompagné d’un signe de croix rapidement le Seigneur pour cette nourriture. Je regagnais « Montjoie » heureuse du déroulement de l’après-midi. Je m’avérais la seule retraitante à partager la vie de silence et de prière des sept moines Dans ma chambre, je lisais un peu et priais une dernière fois avant de me laisser gagner par le sommeil.

UN CHEMIN VERS DIEU (18 avril 2011)


Depuis plusieurs mois, j’émettais le souhait d’accomplir à nouveau une retraite spirituelle pour partager la vie de moniales dans la prière et le silence afin d‘entrer dans un climat de recueillement, de paix et de faire le point sur ma vie. Après avoir effectué quelques recherches dans le département de l’Oise, je dénichais le Monastère du Carmel Saint-Joseph situé à Beauvais. J’étais contente de trouver un ordre contemplatif pour m’accueillir. Pour moi l'Ordre du Carmel était porteur d'une tradition spirituelle riche, qui a une grande importance pour l'Église catholique tout entière, notamment grâce à plusieurs docteurs de l'Église issus de l'Ordre : Thérèse d’Avila, Jean de la Croix et Thérèse de l’Enfant-Jésus. Ils sont spécialement connus pour leur enseignement sur l’oraison, très mise en valeur au Carmel. J’appelais le Monastère, une sœur me répondit d’une voix douce que l’ordre n’acceptait pas de retraitantes par manque de place et me dirigea vers la Communauté Saint-Jean à Troussures. Petite bourgade isarienne abritant deux cents âmes, localisée à 18 kilomètres de mon village. Je contactais le prieuré (communauté religieuse catholique dirigée par un prieur (supérieur du monastère)) par téléphone et un moine doté d’un petit accent décrocha. Je lui exposais ma requête et il m’affirma en riant que leur mission s’avérait l’animation de recollections spirituelles à thèmes ou l’accueil de retraitants individuels. Ce frère ponctuait toutes ses phrases par le terme « génial ». Sa réponse me combla et je lui proposais une date. Cette période se révélait déjà prise par une session de groupe. Je lui suggérais à partir du 28 septembre 2010 jusqu’au 1er octobre 2010. Le frère vérifia son agenda et me confirma l’éventualité de cette semaine. Les jours s’écoulèrent et la veille de mon départ je mettais dans ma petite valise ma bible, un extrait du livre « Vivre sa spiritualité au quotidien » de Pierre Pradervand offert par mon amie Jacqueline et « L’itinéraire spirituel de Dom Chautard » de Bernard Martelet. Je déposais sur la table de travail de mon tendre époux le dernier écrit que je venais d’achever relatant notre voyage Rhône-alpin agrémenté d’une douce dédicace. Le jour J, mon rendez-vous n’étant qu’à 15H, je passais en revue les derniers détails afin de m’assurer de ne rien oublier. A 14H15, Jacques et moi quittions la Fourmilière car le trajet comportait 18 kilomètres. Nous traversions quelques petites bourgades fort sympathiques fleurant bon la campagne. Sur le chemin on croisait des moniales en train de construire un mur. Enfin apparaissait majestueux le prieuré entouré de son parc étendu.